Diomay – 90 BPM (Chronique)
by 2bleed on oct.18, 2010, under Musique, Rap Francais
Une trilogie se définit souvent par la dénomination d’une œuvre en y rajoutant un 1,2 et un 3 qui résulte souvent d’une évolution et d’un dénouement final. Or, pour certains rappeurs, ces numéros n’apparaissent pas forcément mais leur objectif principal se ressent à travers leurs albums par une continuité et une intégrité complète dans leurs discours.
Comme je l’évoquais lors de ma chronique du dernier album de Rocé – L’être Humain et le Réverbère, certains rappeurs ne seront peut-être jamais médiatisés à leurs juste titre, éclipsés par des dérapages considérés « homophobes », des MC’s effectuant des interviews à l’intérieur des prisons ou des clips tournés près des casinos du Nevada.
Peut-être est ce vraiment le rap qui était mieux avant ou sinon un public qui n’est plus à la recherche d’un discours qui marque une évolution mais plutôt d’une soi-disante prise de position copiée-collée… cela reste un autre débat.
Aujourd’hui sort « 90 BPM » le nouvel album de Diomay, si ce nom ne vous est pas étranger c’est peut-être que vous avez déjà lu, sur ce blog, les chroniques de Retour aux Sources et de Rue de la Paix. Ces 2 albums marquaient un renouveau de l’artiste, après sa période Dirty South, dans un rap plus authentique et old school.
90 BPM n’est pas juste un album, c’est le fruit d’un travail acharné de 3 années et il s’imposera surement auprès de certains auditeurs comme une référence car avant tout, 90 BPM convainc.
« Mon rap à 30 ans », Diomay pose le décor, il ne destine pas cet album à ceux qui veulent se faire impressionner par des histoires de rue, il se décrit juste comme un trentenaire qui décrit sa vie de tous les jours en assumant ses faiblesses et qui rappe avant tout pour lui plutôt que pour capter un public. « Père Lachaise » est une très bonne réflexion sur la recherche du multiculturalisme, malgré la poursuite de sa quête d’épanouissement personnel dans ses origines Diomay s’est trouvé « Insulter la France la mode est finie, Mwen ka Galsen dans le coeur, Frenchie je me défini ».
« Quelqu’un qui te veut du bien », petite mise en situation sur les mauvaises rencontres de la vie pour combler ses vices dans ses relations ou avec l’argent. « Public Enemi » aborde un sujet très sensible : l’importance du public dans le chemin artistique d’un rappeur avec certains qui arrêtent avant l’heure et d’autres qui remettent en cause leurs choix musicaux pour s’adapter à la tendance « Ghetto » « Le public à une oreille de schlag, à l’heure qu’il est il est toujours convaincu que nique sa mère est une punchline »
« Dès qu’il y’a une meuf » aborde les relations entre les hommes et les femmes et la place qu’elles occupent dans la tête de ceux-ci, « Fais Croquer » Diomay dénonce un Rap Français où chacun ne pense qu’à son bien être en profitant au maximum de ce que peuvent leur offrir les autres, en les oubliant très vite.
Diomay, aussi fan de ses moments de détente, nous offre 3 chansons de rétrospectives télévisuelles : Le classique Club Dorothée berceau de sa jeunesse, qu’il retranscrit avec ses yeux d’enfants dans « L’enfant de la télé », « La New Team » une très belle reprise de l’instrumentale d’Olive et Tom où son flow se cale très bien, « Dans la Peau de Tony Soprano » un grand clin d’oeil à l’une des meilleures séries de ses dernières années avec un parallèle sur ce que le mafieux aurait fait à la place de Diomay.
« Fond de commerce » met en avant les discours des lobbys qui viennent nous vendre leurs idéaux pour nous faire consommer leurs produits ou leurs paroles. Pour finir, en plus de ses instrus Alexi Kantrall rejoint Diomay au chant pour la conclusion de cet album dans « Le Dernier Combat ».
Sur ces 12 tracks s’achèvent 90 BPM, le digne successeur de Retour Aux Sources et Rue de la Paix, même si à la fin un grand point faible se fait sentir « C’est déjà fini, on en veut plus », en tout cas, cet album se place dans la grande lignée des albums qui ne s’écoutent que du début jusqu’à la fin, avec sa dualité avec Alexi Kantrall, Diomay aura su prouver une fois de plus sa constance dans ce qu’il sait faire de bien : un album rempli de sens qui saura conquérir les plus fidèles de ses fans et peut être même de nouveaux. On ne peut que vouloir encourager de ne surtout pas s’arrêter en si bon chemin.
Pour écouter l’album : Diomay.fr
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